Chapitre 16
Auguste posa la question de savoir comment ces bagues avaient pu être réunies et perdues par leur propriétaire.
— Le type qui les a collectionnées, dit Auguste, a dû consacrer beaucoup de temps et d’argent pour les rassembler. Alors pourquoi ce qui devait être considéré à l’origine comme un vrai trésor se retrouve-t-il dans une caisse sur un marché forain, mêlé à de la verroterie ? Tout le monde convint que c’était là un vrai mystère. Personne n’avait de réponse.
— Je crois, dit Auguste, qu’il faudrait retourner voir le forain et essayer d’en savoir plus. Il n’y avait pas grand-chose à ajouter. Les autres lui déléguèrent aussitôt cette mission, dans un grand éclat de rire. Il ne fait jamais bon proposer des solutions, car on prend le risque d’être désigné pour les mettre en œuvre ! Antoine se proposa pour accompagner Auguste, et Évelyne voulut elle aussi se joindre à l’équipe. Aristide servit un reste de champagne de la veille, mais il était évident que beaucoup d’entre eux, moins entraînés, avaient dû séjourner plusieurs heures dans le monde immobile pour retrouver figure humaine ce dimanche à seize heures. La plupart des
participants à la réunion trempèrent juste leurs lèvres dans les bulles. Cependant, tous souriaient. Sept bagues ! Auguste, Évelyne et Antoine s’isolèrent dans un coin de la pièce pour convenir de la démarche à adopter. Ils décidèrent que le mieux était de passer chez le forain un matin, vers huit heures. Ils se donnèrent rendez-vous le mercredi suivant, dans la ruelle du bonhomme. À charge pour chacun de se libérer de ses obligations professionnelles. On utiliserait le monde immobile pour réduire le retard. Le jour convenu, Antoine arriva une minute avant les deux autres. Il vérifia que le type était bien chez lui. Auguste était chargé de le convaincre de leur donner des informations. Évelyne sonna. Avec son accord, elle était mise en avant, puisqu’à l’évidence le forain appréciait sa compagnie. Il n’avait pas tort, elle était plutôt jolie. Il n’y avait pas de numéro sur le portail en fer forgé. Pas de nom, rien ! Le forain apparut au second coup de sonnette. Antoine se dit qu’il redoutait probablement certaines visites, celle des huissiers par exemple. De jour, il était le même sauf pour son aspect roublard, qui semblait se renforcer au soleil. Il n’avait pas une allure de truand, mais on voyait qu’il passait sa
vie dans les marges. Tous ceux du monde immobile étaient au fond des bourgeois, dont le seul souci était de bien gérer des revenus sûrs. Il était évident que le type derrière le portail ne partageait pas cette approche de la vie.
Marcel vivait au jour le jour. À l’école, il n’avait pas eu la tête aux études. On ne peut pas tous devenir médecin ou chercheur, ou encore chef d’entreprise, disait sa mère qui le couvait. Il en voulait terriblement à ces messieurs de la « haute ». Sans les gens comme lui, ces types ne pourraient pas « se monter du col ». Ils étaient en haut grâce à ceux qui leur avaient laissé la place et qui avaient accepté de rester en bas. Les instits et les profs appliquaient un programme pour dégager une élite, et si l’on n’en faisait pas partie, on n’était bon à rien. Mais ces messieurs étaient quand même bien contents de trouver un plombier, un blanchisseur, un chauffeur de taxi. Même si en dehors de « bac plus cinq », il n’y avait pas de reconnaissance pour les travailleurs. Et lui qui trimait comme un diable, il aurait fallu qu’il obéisse à leurs lois ! Marcel se pliait aux lois des puissants uniquement quand le risque devenait trop grand.
La prison, très peu pour lui ! Marcel, c’était le menu fretin dont toutes les polices se désintéressaient, parce que pour le coincer, il aurait fallu mettre en route des moyens coûteux en hommes et en véhicules pour des résultats bien maigres. Au final, il n’aurait rien avoué, et le juge l’aurait relaxé pour signifier aux pandores qu’ils devaient se consacrer à de plus gros gibiers. Pour sa navigation à la marge de la société, Marcel aurait eu vingt sur vingt. Toujours dans l’illégalité, mais jamais trop ! Quand il employait un aide, il le déclarait quelques heures, alors que le type était à plein temps. S’il se laissait aller à faire un peu de recel, ce n’était jamais pour des montants importants et la camelote n’était jamais chez lui. Il ne trafiquait que sur de petites sommes. Il ne touchait pas aux drogues, parce que c’était un monde de voyous sanglants et déjantés, ni aux femmes parce qu’elles finissaient toujours par vous faire tomber. Au fond, se disait Marcel, il était un honnête citoyen. Jamais il ne ratait une consultation électorale. Il votait systématiquement pour les plus protestataires et il ressortait du bureau de vote avec un air satisfait. Le peuple, c’était lui ! Quand on avait sonné ce mercredi matin, il avait fait son examen de conscience sans rien trouver de plus alarmant que les combines
habituelles, qui étaient sans danger ou presque. Il avait regardé entre les rideaux et en voyant Évelyne et les deux autres, il était descendu sans crainte. Au pire, il perdrait du temps, au mieux, il y avait une affaire dans l’air. Le petit groupe essayait de faire bonne figure, mais on voyait qu’ils étaient dans leurs petits souliers. Marcel s’était alors épanoui. Dès le début, il avait deviné que la fille avait un anneau identique à celui de la caisse. Il avait su immédiatement qu’il pouvait en augmenter le prix. La première fois, la fille était partie comme à regret, mais il était persuadé qu’elle allait revenir. La bague, c’était manifestement une affaire sentimentale. Bien sûr, il ne s’attendait pas à la revoir le soir même avec les deux autres loustics. Quand ils avaient voulu acheter la caisse, Marcel n’avait pas hésité. Il n’était pas spécialisé dans ce genre de bimbeloteries et ne s’y sentait pas à son aise. Il avait donné un prix qui dépassait juste un peu les bornes de l’abus. Lui, son talent, c’était l’ancien. L’ancien volé, bien sûr ! Pas dérobé dans les châteaux ou les musées, où les marchandises étaient hors de prix et parfaitement traçables. Il n’y avait que la viande de prison pour se lancer dans le recel de tels objets. Une ou deux fois, il avait trempé dans des vols de meubles signés, mais c’était
pour des commandes d’acheteurs étrangers, des Arabes, des Russes et même une fois des Chinois. Il avait préféré arrêter parce que ces types-là étaient dangereux et capables de supprimer un intermédiaire. Non, c’était fini tout ça ! Maintenant, il ne travaillait que dans l’ancien, volé chez des bourgeois des villes ou de riches campagnards. Leurs résidences étaient faciles à fracturer, le vol était rapide et sans danger. Il suffisait ensuite de trouver un jeune couple de bobos prêt à acheter de l’ancien à bas prix. Marcel leur disait que c’étaient des biens vendus dans des successions, et on le croyait. Pour brouiller les pistes, Marcel exposait aussi des frusques bas de gamme et il habillait son stand de toute une quincaillerie de pacotille, dont il se désintéressait totalement. C’était un décor pour le fauteuil, l’armoire, le lit, la commode ancienne, qui attendaient leur acheteur. En général, la marchandise partait dans les premières heures. Les vrais connaisseurs passaient de bonne heure, si bien qu’au lever du jour, la journée était déjà finie. Marcel traînait sur le carreau pour rendre crédible son activité. Le reste se vendait peu, mais c’était toujours ça de pris ! Il achetait ses « décors » en gros. Un solide réseau de rabatteurs lui indiquait les ventes dans la France entière et,
une ou deux fois par an, il achetait un lot d’objets parfaitement laids et inutiles pour une bouchée de pain. Son voisin de carreau, toujours le même, bricolait dans le business de vêtements de marque de seconde main. Marcel avait deviné qu’il alimentait ses stocks avec des faux. Un ou deux passages en machine à laver leur donnaient l’air d’avoir été portés et le filou les mêlait ensuite à de vraies marchandises d’occasion. Un voisin sympa et serviable, qui avait intérêt, comme lui, à la discrétion. Ils ne se concurrençaient pas et se rendaient service mutuellement. Marcel, c’était aussi un amateur de femmes. Un esthète, à sa façon ! Il les observait, les évaluait en permanence. Jolie, pas jolie, ça n’existait pas dans son mode de pensée. Il regardait la bouche, les yeux, les seins, les fesses, les jambes, la façon de marcher, de s’habiller, de sourire, de parler. Il se demandait s’il ferait bon l’avoir pour épouse, pour maîtresse, ou juste en relation amicale. Il cherchait dans chaque femme le détail qui sauvait le reste et quand elle était soi-disant jolie, il cherchait la faille pour s’en désintéresser aussitôt. Il traquait systématiquement ce qu’il fallait pour rendre la fille qu’il observait plus belle, plus désirable. Un vêtement, un parfum,
des talons ? Quand il avait trouvé, il en regardait une autre. Évelyne lui avait plu. S’il avait eu un fils, il l’aurait aimée comme belle-fille. Pas comme maîtresse, elle n’était pas faite pour ça. S’il avait pu l’avoir comme amie, il aurait apprécié aussi. Mais elle était d’un autre monde. Les affaires sont les affaires, Marcel s’était désintéressé d’Évelyne pour se concentrer sur eux. Ils se ressemblaient un peu. Même taille, âges comparables. Des hommes mûrs qui avaient emmené la fille parce qu’ils avaient remarqué qu’elle lui plaisait. Après avoir échangé des salutations fort cordiales, Auguste avait abordé l’objet de leur visite :
— Nous souhaiterions savoir comment vous avez fait l’acquisition de la caisse que nous avons achetée. Marcel, par principe, ne se souvenait de rien et ne gardait pas de trace du passé.
— Les informations concernant mes achats sont confidentielles, avait-il déclaré d’un ton grandiloquent.
— Nous comprenons parfaitement votre position, avait continué Auguste, mais voyez- vous, ce renseignement est d’une grande importance pour nous. Il s’en était suivi une discussion où, à tour de rôle, Auguste, puis Évelyne et enfin
Antoine, avaient de diverses manières tenté de faire plier le marchand. Mais toutes ces démarches étaient restées vaines. Le seul point positif, c’est que le forain avait manifestement pris goût à la conversation d’Auguste, si bien que les deux autres s’étaient peu à peu retirés de la discussion, qui d’ailleurs n’avançait pas d’un pouce. Il faisait froid, et comme ça, sur un coup de tête, Marcel les avait invités à entrer. Ils s’étaient engouffrés dans le salon et le forain avait fait réchauffer une grande casserole de café. Antoine et Évelyne qui étaient de fins gourmets en la matière s’étaient regardés sans rien dire. Après tout, ils n’étaient pas venus pour ça. Marcel leur avait servi ce qu’il appelait du café, dans de belles tasses très fines.
— Écoutez, avait-il fini par dire, je sais que vous êtes des gens bien comme il faut et pas des escrocs, et je vais vous dire la vérité. La caisse, elle a été achetée dans un vide-grenier à la campagne. C’était un lot de pacotille qu’un collègue avait glané en porte-à-porte. Ensuite il était mort, et le tout avait été vendu dans une foire à la brocante.
— Écoute Marcel, le reprit Auguste, tu vois bien qu’on n’est pas des flics. Tu nous parles comme si tu étais en interrogatoire. C’est vexant, non ?
Auguste était bien décidé à ne pas s’en laisser conter. Il avait senti que le forain l’avait à la bonne. Lui aussi s’était pris de sympathie pour le bonhomme. Auguste était persuasif. Marcel sentait ses défenses diminuer. Par réflexe, il avait raconté qu’il ne pouvait rien dire de plus, qu’il essaierait de se renseigner, et leur avait demandé leur numéro de téléphone. Auguste avait alors donné à Marcel son propre numéro et ils étaient tous trois partis assez brusquement. Marcel en avait été un peu décontenancé. Un instant plus tard, il pensait toutefois qu’ils reviendraient dans les jours suivants. Advienne que pourra ! Marcel savait parfaitement d’où venait la caisse. Qu’allait-il se passer s’il le leur disait ? À la réflexion, pas grand-chose, c’étaient des bourgeois, pas des policiers ! Marcel, il repérait les flics à cent lieues, flairait les coups foireux comme personne. Il ne craignait pas les pandores, mais la justice. Son père lui répétait toujours : si tu es à l’hôpital, c’est que tu es malade, et si tu te trouves au tribunal, c’est que tu es coupable. Plus jeune, il avait été retenu au poste une dizaine de fois et n’avait jamais été coincé. Pour Marcel, une garde à vue, c’était simplement un impondérable dans son emploi du temps. Pour des gens ordinaires, c’était insupportable. Les
mensonges, les menaces, la peur, l’isolement. Presque toujours, les gens ordinaires avouaient. Ils racontaient tout parce qu’on leur faisait croire qu’ensuite, ils pourraient partir et sortir de cet enfer psychologique. Enfer tout relatif ! Pour des drôles comme Marcel, c’était juste amusant de les voir dérouler leurs grosses ficelles et leurs hameçons épais comme des poutres. Depuis deux ans, Marcel avait noué quelques relations avec un inspecteur un peu moins bête que les autres. Ils avaient constaté ensemble que dans le théâtre de la vie, gendarmes et voleurs avaient toujours coexisté et qu’il ne fallait pas se prendre la tête pour ça. L’inspecteur lui avait expliqué que, dans certaines limites, il lui éviterait trop de tracasseries, inutiles et coûteuses pour la société, et qu’en contrepartie, il lui demandait de lui signaler les vrais problèmes. Ceux liés à la violence et à la drogue. De temps en temps, quand Marcel voyait des choses révoltantes, il appelait l’inspecteur. Une ou deux fois, des flics tout droit sortis des langes de leurs écoles, pleins de zèle mal placé, l’avaient embarqué pour des broutilles. Comme toujours dans ces cas-là, Marcel se montrait remarquablement soumis, docile et poli et il évitait que la situation ne dégénère inutilement. Il n’est jamais
profitable pour le menu fretin d’humilier les représentants des forces de l’ordre. Et puis les excès compliquaient le travail de son protecteur qui l’avait toujours fait libérer, avant les vingt- quatre heures réglementaires de garde à vue. Les trois loustics qu’il avait eus devant lui, si c’étaient des flics, ils étaient d’une espèce mutante. Trop fins et trop civilisés ! C’étaient des bourgeois, qui cherchaient quelque chose qui leur tenait à cœur. Marcel décida de leur vendre le renseignement. Il fallait seulement trouver l’habillage qui, s’il ne trompait personne, aurait le mérite de mettre tout le monde à l’aise. Il se donna la journée et la nuit pour réfléchir. Dans les moments où il avait été financièrement à sec – c’était arrivé une ou deux fois – c’est sa femme qui avait fait bouillir la marmite, sans un mot plus haut que l’autre. Marcel ignorait si elle l’aimait encore, il savait juste qu’il ne lui pesait pas. Chacun, depuis toujours, assumait seul son ménage, sa cuisine, sa vaisselle et le nettoyage de son linge. De temps en temps, ils s’entraidaient, mais la règle, c’était que chacun s’occupe de lui-même et ne fasse pas reposer ses problèmes sur le conjoint. Le lendemain matin, entre les différentes solutions qu’il avait ruminées dans la nuit, Marcel avait décidé d’en revenir à un classique
que tout le monde comprendrait. Comme il ne s’agissait pas de convaincre, mais d’habiller, il ne restait que la question délicate du combien. Trop gourmand, il prenait le risque de les faire fuir ; pas assez, il se privait de ces clicailles dont il avait bien besoin. Ce mois-là n’avait pas été brillant et le mois suivant risquait de ne pas être très reluisant non plus. Il se dit qu’il demanderait cinq cents euros pour le renseignement, quitte à baisser ensuite un peu.
En quittant le forain, Auguste sut que le type finirait par les aider, mais qu’il faudrait le payer. Ce serait le rôle du compte en banque, géré par Aristide, où chacun laissait une petite cotisation mensuelle. Cet argent, c’était à la fois une caisse d’entraide et un fonds spécial destiné à acheter des bagues. Ils furent tous d’accord pour payer le renseignement au forain, mais personne ne voulait aller trop loin. On convint de revenir à la charge dès le lendemain, après vingt heures. Évelyne demanda l’autorisation de les laisser y aller seuls, parce qu’elle avait un repas. Auguste et Antoine la taquinèrent sur le mode « elle a un amoureux ! » Évelyne protesta, mais elle riait trop pour que ce soit complètement faux. Bien sûr, elle fut dispensée de cette contrainte, le contact ayant déjà été établi avec
le forain. C’est donc sans elle qu’ils retournèrent chez Marcel qui les fit entrer dans son bureau en demandant des nouvelles d’Évelyne. Ils s’assirent dans de vieux fauteuils de voiture défoncés. Marcel leur fit remarquer que c’étaient des sièges de Rolls-Royce, de Cadillac et de Bentley des années soixante-dix. Le fait est qu’ils étaient en cuir et très confortables. Marcel les avait montés sur des caisses en bois. Il était très fier de son bureau. Tout autour, ce n’étaient que des meubles récupérés, pour certains abîmés, mais il y avait du goût dans cet aménagement. Marcel leur apparut sous un autre jour. La carapace de forain roublard et inculte cachait une vraie culture. On ne peut pas être totalement mauvais, quand on est capable d’aménager un espace comme celui-là, se dit Antoine. Assez rapidement, Marcel annonça qu’il était disposé, contrairement aux usages, à les renseigner sur l’origine de la caisse. Il n’aurait pas fallu le pousser beaucoup pour qu’il leur parle de déontologie. On voyait bien qu’il ne croyait pas à ce qu’il disait et qu’en plus, il se moquait de lui-même. Le discours n’était pas destiné à les tromper, mais à habiller la transaction d’honneur et de dignité. Pourquoi pas ?
— Comme je vous le disais hier, la caisse faisait partie d’un lot qui en contenait plusieurs. Je les ai achetées à un intermédiaire et je ne sais pas d’où elle vient. Pour vous faire plaisir et parce que vous m’êtes sympathiques, j’ai appelé le collègue qui m’a vendu le lot de caisses, ce matin. J’ai fini par le convaincre de me donner le nom du vendeur originel. Le problème, c’est que pour ce service, il me réclame de l’argent.
— C’est vraiment scandaleux, s’écria Auguste, en le regardant droit dans les yeux. Et combien demande-t-il pour ce renseignement ?
— Il veut cinq cents euros, répondit Marcel. Il en voulait six cents, mais j’ai réussi à lui faire baisser son prix. On ne pourra pas aller plus bas maintenant, fit observer Marcel en prenant un air accablé. C’était une mauvaise farce jouée par de piètres acteurs qui se moquaient du public. Auguste admit que sur le principe il n’était pas opposé à rémunérer des informateurs, mais voulait savoir si son argent serait bien placé. Marcel convint que c’était raisonnable, puis ajouta qu’il pourrait d’autant mieux les aider s’il pouvait comprendre un peu ce qu’ils cherchaient. Auguste lui expliqua alors qu’un manuscrit ayant appartenu à leur ancêtre avait été perdu pendant la dernière guerre, en même temps que la bague. Il était logique d’imaginer
que le document était toujours entre les mains des gens qui s’étaient séparés de l’anneau. Comme Marcel lui faisait observer qu’il portait, comme Antoine et Évelyne, un bijou identique à celui trouvé, Antoine prétendit que dans la famille, les bagues étaient léguées de génération en génération. Tout ça était à mourir de rire, Auguste venait d’inventer pour lui-même, Évelyne et Antoine, un ancêtre commun. Marcel fit mine de les croire. C’est à grand- peine qu’il se retint de demander quel était leur lien familial. Il pensa un moment à les complimenter pour leur attachement aux valeurs familiales qui, comme chacun sait, sont en perdition… mais sut tenir sa langue et se contenta de rire sous cape. Toute cette histoire n’était qu’un salmigondis invraisemblable, même pour des enfants naïfs ! Marcel comprit qu’ils cherchaient un manuscrit, et il avait fait entendre sa demande de cinq cents euros. Bonne et fructueuse discussion ! Pour le coup, Marcel leur donna son numéro de téléphone.